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La crise financière, et maintenant?

Une crise, c'est épouvantable mais c'est aussi salutaire. C'est épouvantable au regard de la gabegie en ressources. Certes, toutes ne seront pas gâchées mais toutes seront frappées... nous allons vers de longs mois d'errance, d'augmentation du chômage et de baisse des profits. Cela génerera des frictions géopolitiques importantes. Il n'est qu'à écouter le langage guerrier utilisé par le Royaume-Uni à l'égard de l'Irlande, utilisant des mesures anti-terroristes pour contrer les effets de la banqueroute du pays gelé. Il n'est qu'à deviner les difficultés dans lesquelles seront plongées le gouvernement russe avec un baril à 40 Dollars. Et la reprise de tensions intra-irakiennes ou israélo-palestiniennes. Cela génerera aussi des frictions politiques belges et j'y reviendrai.

Cela permettra aussi de se poser quelques bonnes questions:

En matière économique:

  • quel rôle pour l'Europe alors que nous avons eu la très nette sensation de nous faire dépecer par nos voisins néerlandais et français?
    Une partie de la réponse se trouve en Belgique. A vouloir fragmenter notre force de frappe (en régionalisant sans réfléchir, j'entends), nous nous offrons à des puissances plus organisées. Sans entrer dans les détails, l'exemple ponctuel de notre déroute bancaire est illustratif. Bien sûr, des fautes fondamentales de management ont été commises au sein de nos grandes banques. Mais il y eut sans aucun doute un haro sur la bête blessée. Je demeurerai euro-sceptique tant qu'une Commissaire de la Concurrence ne devra sa place qu'à un électorat national néerlandais ou qu'un CEO d'une banque belge ne perde la sienne à cause du président d'un autre pays européen.

  • quels déficits pour nos gouvernements? quelle macro-économie appliquer? faut-il promouvoir les investissements d'états? comment rétablir la confiance? comment mieux réguler? comment favoriser l'innovation quand l'entreprise de transformation - notre tissus - se fait pilonner par la concurrence à bas salaire?
    On est au coeur de la question. Le débat keynésiens versus classiques a abouti à un compromis intéressant. Dans le premier cas, la relance se fait par le biais de lourds investissements à charge de l'état. Dans le second, c'est au marché qu'il faut faire confiance, et l'état doit focaliser son attention sur une meilleure régulation afin de reconstruire la confiance. Il faut des deux. Mais les keynesiens sont aussi formels: l'interventionnisme de l'état ne peut être que temporaire. Et je refuse de voir mon argent de contribuable servir la réalisation de grands travaux inutiles ou la mise en place de bureaucraties prospères. En outre, c'est éluder la vraie question qui est celle d'un changement de notre économie. En effet, celle-ci est depuis longtemps axée sur la transformation (on achète, on transforme, on revend). Mais cet axe est condamné à court terme par la concurrence des pays à bas salaires. Il faut à tout pris développer une économie d'innovation, en favorisant largement l'éducation et les projets innovateurs. Sous peine de voir notre pays réduit à un champ de pommes de terre, de betteraves et d'extraction de pierre bleue.

  • quelle place donner au développement durable?
    La question est-celle d'un pari: peut-on confier aux générations futures la problématique du recyclage des matières fissiles? La réponse est aussi aigre-douce: en partie. Par contre, on peut faire deux choses: d'une part, développer et exporter notre expertise en développement nucléaire, en tirer le meilleur parti. D'autre part, se fixer des contraintes de développement durable et développer une expertie en énergies alternatives. Certes, produire du photovoltaïque est aujourd'hui une inepsie écologique au regard de la quantité calorique nécessaire à la production d'une cellule. Mais si l'on investit pas dans la recherche et dans la programmation coercitive, on ne progressera pas. Il faut forcer le développement.

En matière politique:

  • quelle séparation des pouvoirs?
    Loin de moi l'idée de vouloir remettre en question la séparation des pouvoirs. C'est ma conviction idéologique que le législatif, l'exécutif et le judiciaire doivent se contrôler et se renforcer mutuellement. Il ne faut pas non plus dévier vers la naïveté complète. Outre la guerre de pouvoir au sein de ces différents Pouvoirs, ce qui m'inquiète, c'est surtout l'estompement de la norme entre le législatif et l'exécutif, bien plus que le problème pontuel et bien vite réglé de pression effectuée par l'exécutif sur le judiciaire. Mon expérience de parlementaire d'une majorité communale me fait quelque peu craindre l'étage régional ou fédéral: la particratie peut constituer un sérieux problème. On ne peut vivre d'une démocratie parlementaire inféodée aux décisions des organes de parti. Un parti est une force, c'est évident, mais c'est une force, un cinquième pouvoir (après la presse) à encadrer. Si ce cinquième pouvoir dégénère d'une part en une mise à l'index (ce que j'appelle la Destexhisation) et d'autre part en l'obligation pour tout homme de prendre une carte de parti, ce cinquième pouvoir me fait peur.

  • quel avenir pour nos institutions?
    Ca n'est pas un faux débat. Ca n'est pas un débat mesquin. C'est un bon et un vrai débat. Il y a un trip flamandisant inquiétant. On peut en rechercher les sources. Bien sûr, notre état fut créé unilingue, parce qu'il y avait un rejet du Hollandais (déjà), et parce que la bourgeoisie et la diplomatie étaient francophones. Bien sûr, nos (arrière) grands-parents furent maladroits. On ne va pas compter les points, tout le monde perd et on en revient à la grotte de Néanderthal. Par contre, il faut malheureusement assourdir nos émotions et nous focaliser sur les options rationnelles. Bruxelles ne sera jamais plus "flamande" et la Flandre a un besoin vital de Bruxelles, comme Bruxelles a besoin des emplois qualifiés qu'offrent les trois cent milles naveteurs quotidiens en provenance des deux autres régions. Nos problématiques sont génétiquement intriquées. S'imaginer que l'on pourrait vivre l'un sans l'autre, prendre des mesures drastiques et simplistes, c'est facile à expliquer mais a posteriori ce seront des erreurs injustifiables. Mettons-nous à table et organisons des institutions qui favoriseront nos développements, qui capitaliseront sur nos forces en les renforçant mutuellement. Je me permets d'insister sur le fait que cela passe par autre chose qu'une simple régionalisation...

  • Quels choix éthiques?
    Les choix éthiques demeurent d'actualité au travers de toute crise, qu'ils aient traits à la laïcité de l'état, à la considération à donner à la vie humaine, à la place à donner au progrès agro-alimentaire, à la capacité d'accueil et à la politique d'intégration, à l'enseignement.

    Mon positionnement est clair et propre: je crois en un état ouvert aux philosophies et aux religions. Et je suis pour ma part Chrétien et assez tranché sur les questions relatives à la Vie et à la Mort. Non, je n'aime pas et ne suis pas aveuglément ce que le Vatican - une entreprise humaine - énacte. Mais j'apprécie et prends en compte les préceptes d'une institution dont les fondements se basent sur une philosophie à laquelle j'adhère. J'aime qu'un centre d'étude s'étant longuement penché sur des questions fondamentales m'offre des clés de lecture. Me propose un système de valeur. A moi d'y mettre mes bémols et mes dièses. Par contre, je respecte totalement les avis d'autres philosophies sur la question. Complètement. Mais je veux que l'on reconnaisse mon système de valeur comme...valable. Et digne de respect.
    Vis-à-vis de la recherche agro-alimentaire, un exemple me vient contamment à l'esprit: sait-on que le cochon est un dérivé de croisements génétiques du sanglier? que le blé cultivé aujourd'hui est un lointain parent de celui que l'on grignotait à l'âge des cavernes, parce qu'on a croisé pendant des milliers d'années les espèces offrant un meilleur rendement? Je fais le pari de l'Homme, capable d'innover. Et nos capacités de recherche permettent aujourd'hui d'encadrer la problématique et d'éviter le complexe de Frankenstein.

    Notre capacité d'accueil est limitée. C'est un postulat important. Non, les populations que nous avons accueillies ne sont pas intégrées au sens où nous les voudrions blanches et d'inspirations culturelles greco-romaines. Cela ne sera jamais et c'est tant mieux. Non, ces populations ne sont pas toutes heureuses et elles ont leurs légitimes aspirations. Ce qu'il faut obtenir, c'est un nécessaire compromis. Ce compromis passe par une reconnaissance pleine et entière envers les institutions démocratiques telles que nous les avons imaginées (les trois pouvoirs: la loi, l'ordre, l'application) et celle de la différence.

    L'enseignement, quant à lui, me désole. Il faut lui rendre sa fierté. Oui, il faut armer chacun et chacun doit pouvoir trouver ici, dans ce pays, son épanouissement culturel, philophique, économique. Toutes les "filières" sont méritantes. Il faut que notre système éducationnel produise des innovateurs, des bons artisans, des bons logisticiens, et il faut que notre système nous délivre de bons politiciens.

    En conclusion, qu'on ne vienne pas me dire que la politique belge est ennuyeuse ou peu importante, ou que les débats politiques dans d'autre pays sont plus intéressants (il sont plus spectaculaires, mais sont-ils plus enviables?). La crise démontre plusieurs choses, mais l'une d'entre elles me sidère: la politique est plus que jamais d'actualité. Et nous avons tous un avis.

© 2018 - Yvan de Beauffort