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Des élections? oui, cela changerait les choses... pourquoi?

Tout d'abord, la perspective d'une élection ne m'amuse pas: C'est retourner devant un électeur (une électrice) échaudé(e)... les rencontres sur les marchés risquent d'être virulentes... c'est aussi un avoeu d'échec de la classe politique.

Mais...

D'abord, il faut reconnaître la position de "pat", comme on dit aux échecs, dans laquelle nous nous trouvons: plus rien ne bouge au niveau des négociations. C'est le blocage complet. Clair. Avéré. Inquiétant. Et complet.

Pourtant, les choses ont bougé de façon sérieuse. Faisons un petit effort de mémoire. Lors de la dernière campagne fédérale, aux mois de mai et juin 2010, on demandait à l'électeur du Ssd du pays ce qu'il voulait comme représentant au gouvernement fédéral. On ne lui parlait pas tant que ça d'une grande réforme de l'Etat. Depuis l'été 2010, l'idée a clairement fait son chemin au sud du pays qu'une grande réforme de l'Etat était inéluctable. Je le rappelle encore une fois: ca n'était pas l'état d'esprit de l'électeur francophone avant le 13 juin. Jusque là, on se disait: pas de réforme. A tort? sans doute. Mais c'était notre état d'esprit.

Depuis le 13 juin, on a tous compris au sud du pays qu'une réforme de l'Etat était inéluctable. C'est donc un grand changement.

Entretemps, on s'invective, on crée la fédération Wallonie-Bruxelles, on esquinte la fonction royale par le biais de Laurent (qui l'a un peu cherché), on crée un gouvernement aux fonctions courantes élargies dont on se satisfait (même si c'est une injure profonde à la démocratie car le gouvernement en affaires courantes ne correspond PAS DU TOUT à la volonté de l'électeur), on prend acte qu'une formation politique est invitée Downing Street (chez le premier ministre britannique, donc) sans que le premier ministre ne moufte (et sans révoquer l'ambassadeur anglais, ne fut-ce pour 15 jours), bref, tout va à veau-l'eau, et tout le monde est content...

Tout le monde? non, un petit village résiste à l'envahisseur. Et j'en fais partie. Voici pourquoi des élections changeraient fondamentalement la donne.

1) Comme je le disais plus haut, c'est le pat complet. Il faut un momentum qui puisse créer les conditions d'une bonne et vraie réforme. Plus rien ne bouge politiquement. Seule une élection propose le momentum, la chrysalide nécessaire à une évolution.

2) La question posée à l'électeur le 13 juin 2010 est très différente de la question qu'on poserait à l'électeur aujourd'hui. Le 13 juin, en tous cas dans le sud du pays, on demandait à l'électeur quelle couleur il voulait donner au gouvernement fédéral. Aujourd'hui, on lui demanderait quel avenir voulez-vous donner au gouvernement fédéral. C'est très différent. Tellement différent que je pense que les négociateurs n'ont pas la légitimité suffisante pour négocier. Qu'ils le sentent et qu'ils sont désemparés. Les négociateurs n'ont donc pas reçu de votre part un mandat clair pour négocier l'avenir du pays.

3) On me dit qu'une élection ne changerait pas la donne. Que le PS ne perderait qu'un siège, que le MR en gagnerait un, que la NVA en sortirait renforcée. Mais dites-moi, dans une Belgique où le vote s'établit de façon proportionnelle, où le vainqueur est celui qui grapille l'un ou l'autre siège, où la Flandre prétend que le vote NVA du 13 juin était protestataire mais qu'elle s'amenderait... ce sont des lames de fond! En Belgique, est décrété vainqueur électoral celui qui gagne quelques sièges.... Est invité à la table des négociations celui qui a gagné, même à la marge.

4) Si la NVA en sort renforcée, donc, eh bien, c'est le vote de l'électeur. De longue date nous avons décidé de tenir compte de l'avis de l'électeur au suffrage universel, et nous l'étoufferions au prétexte que ce vote renforcerait la NVA? je ne suis pas d'accord. Si 34% des flamands votent NVA (contre 28% le 13 juin), qu'on le sache. Et qu'on en tienne compte. Ca ne m'amuse pas plus que vous, mais c'est le jeu de la démocratie.

5) Sinon quoi? un mauvais accord dans le dos des belges pendant les vacances d'été? une mauvais campagne communale car teintée de fédéral? Non. des élections. Rapidement.

 


© 2018 - Yvan de Beauffort