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Haro sur les climato-sceptiques

Comme beaucoup d’entre nous, je suppose, je suis un agnostique en matière de changement climatique. Je n’ai pas d’opinion personnelle à cet égard, je me méfie a priori de ce que j’en lis dans la presse et je me méfie encore plus de ce que les responsables politiques en disent. En ce qui me concerne, seule compte la science, rien que la science et toute la science.

 

Depuis une vingtaine d’années, environ quatre milliards de dollars ont été investis au niveau mondial en recherches sur le climat, le changement climatique et ses causes. Dans le cadre de l’Onu, le Giec a été créé avec pour mission principale de "mieux comprendre les risques liés au changement climatique d’origine humaine, cerner plus précisément les conséquences possibles de ce changement et envisager d’éventuelles stratégies d’adaptation et d’atténuation".

Les conclusions du quatrième rapport du Giec peuvent se résumer ainsi: il est établi scientifiquement que la terre se réchauffe depuis une centaine d’années et que ce réchauffement est essentiellement dû aux émissions de CO2. Sans une action volontariste de l’ensemble des pays de la planète pour réduire drastiquement les émissions de CO2, ce réchauffement aurait des effets dévastateurs tels que la disparition des glaciers de l’Himalaya en 2035, la production agricole de l’Afrique serait réduite de 50% dans les vingt ans à venir, le niveau des mers augmenterait au point de menacer de nombreuses régions côtières, etc., etc.

La conférence de Copenhague de décembre dernier avait donc pour objet d’aboutir à un traité définissant de manière contraignante pour chaque état les quantités de CO2 pouvant être émises à l’avenir afin d’éviter de telles catastrophes. Or voilà que, face à ce qui apparaît comme un défi majeur de l’humanité, les participants à la conférence de Copenhague ne sont pas parvenus à s’accorder sur le moindre objectif. Peu avant cette conférence, mi-novembre 2009, on apprenait par Internet- les media n’en ont pratiquement pas parlé - que tous les e-mails échangés par l’Unité de Recherche sur le Climat de l’Université d’East Anglia, un des centres majeurs de recherche en matière de climat, avaient été soit piratés, soit divulgués par un inconnu et se retrouvaient disponibles sur Internet. La lecture de ces milliers d’e-mails fait apparaître de nombreuses éléments pour le moins troublants: tout d’abord il ressort de leur lecture une impression très désagréable d’acrimonie vis-à-vis des scientifiques ne partageant pas la thèse du réchauffement climatique et de son origine humaine, qualifiés, parmi d’autres qualifications, de "sceptiques" ou de "négationnistes". Un scientifique se réjouit d’ailleurs ouvertement dans un mail du décès d’un de ses collègues qualifié de "climato-sceptique", un autre s’étonne qu’un "climato-sceptique" ait pu publier un article dans une revue scientifique de haut niveau, c’est-à-dire, ne publiant que des articles vérifiés par des collègues ("peer-reviewed" en anglais) et écrit qu’il s’arrangera pour que le directeur de cette publication soit limogé, un autre encore discute de la destruction de données que la loi britannique (Freedon of Information Act) l’oblige à communiquer en cas de demande.

 

Alors que le scepticisme me paraît devoir être une attitude constante en science, la science ne progressant que parce que ses acquis temporaires sont constamment remis en question, et que tout scientifique digne de ce nom devrait au contraire accueillir positivement toute critique de ses travaux, c’est l’attitude exactement inverse qu’adopte un groupe de scientifiques étroitement liés entre eux (dont notamment ceux du CRU, de Penn State University, de la Nasa et du UK Meteorological Office), qui comptent parmi les plus influents.

En effet, ces e-mails révèlent leurs efforts constants pour ridiculiser, menacer et interdire de publication tout scientifique ne partageant pas le paradigme dominant du réchauffement climatique causé par l’homme. Voilà qui en soi suffit déjà à ébranler la confiance que l’on peut avoir dans les conclusions du Giec. D’autant plus que parmi ceux qui mettent en question les conclusions du Giec, se trouvent des scientifiques de tout premier plan d’institutions renommées et qu’il apparaît que contrairement donc à ce que prétend le Giec, il n’y a pas consensus sur les causes du réchauffement climatique, pour autant d’ailleurs qu’on accepte que la démarche scientifique fonctionne par consensus, ce qui est loin d’être le cas.

La gravité des faits révélés par ces e-mails conduisent le CRU et Penn State à diligenter chacun une enquête sur les travaux conduits par deux de leurs experts les plus renommés, dont l’un donne temporairement sa démission. De plus les autorités judiciaires britanniques initient une enquête sur les violations présumées de la loi en matière de communication des éléments constitutifs de travaux scientifiques financés par l’Etat. Tout ceci dans le silence quasi-total de la presse, donnant l’impression si pas d’une omerta généralisée, du moins d’un embarras certain vis-à-vis des doutes qui apparaissent sur l’intégrité scientique des résultats à la base des recommandations du Giec.

Mais les choses ne s’arrêtent pas là. Alors que le Giec affirme avec force que ses recommandations ne s’appuient que sur des études scientifiques les plus fiables, c’est-à-dire "peer-reviewed", voici qu’il apparaît que nombre des affirmations contenues dans son rapport, une quinzaine sont déjà identifiées à ce jour, trouvent leur source dans des publications d’ONG ou des mémoires ou thèses d’étudiants. Deux des affirmations les plus remarquables s’avèrent être fausses. La première, que le Giec vient de retirer, concerne la fonte totale des glaciers de l’Himalaya d’ici 2035. L’autre concerne la diminution de la production agricole de l’Afrique de cinquante pour cent au cours des vingt prochaines années. Comment est-il possible qu’après avoir dépensé tant d’argent, de temps et de ressources, à élucider une question aussi importante et même vitale pour l’avenir de l’humanité, on aboutisse à des conclusions aussi médiocres (le New York Times parle dans son article en première page d’hier de "sloppiness")?

Pour beaucoup d’observateurs, l’erreur a été de politiser cette question en créant le Giec sous l’égide de l’Onu. Cette politisation à entraîné une dérive de la science du climat en idéologie du climat. De nombreuses voix s’élèvent maintenant pour remettre toute la question à plat, de la dépolitiser et de constituer un organisme indépendant de haute tenue scientifique pour prendre en charge la science du climat afin que nous disposions de rapports constituant la science, toute la science (y compris les climato-sceptiques) et rien que la science (excluant les études d’ONG ou "non peer reviewed").

La question de savoir si le réchauffement climatique est causé par l’homme reste valide et d’une importance cruciale. On aurait pu s’attendre à ce qu’elle soit abordée de la manière la plus prudente, la plus neutre, la plus rigoureuse qui soit. Manifestement, ce n’a pas été le cas et il est donc urgent qu’après un tel discrédit du Giec, toute la question soit remise à plat. Sans cette remise à plat et la formulation de conclusions scientifiques crédibles, on peut s’attendre à ce qu’un grand nombre d’états, à commencer par l’Inde et la Chine, ne mettent en question la crédibilité du Giec et refusent à raison de s’engager dans la voie coûteuse de réduction des émissions de CO2


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