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SOS Bonheur, 1984, Brave New World… la Belgique en 2030...

Les considérations qui suivent ne sont pas mon projet politique, mais peuvent alimenter une réflexion sur le développement de notre société belge. En 2030, donc...

Economie : un nouvel accroc bancaire et boursier a définitivement scellé la faillite du système des pensions en 2019. Le nouveau ministre en charge, bien que reconnu comme magicien des chiffres, ne peut soustraire la vérité à la population anxieuse. Le réveil aura été douloureux : l’âge de la pension est alors augmenté à 75 ans et les pratiques de prépensions sont abrogées.

-      Economie toujours : suite à une mise au ban des nations européennes, la Belgique, incapable de gérer son déficit structurel, se rend compte qu’une économie souterraine a pris des proportions insupportables. Cette économie souterraine, en noir donc, échappe à tout contrôle, et par conséquent, à toute taxation. Le Fonds Monétaire International, qui a appris sa leçon suite à la faillite de la Grèce et d’autres pays, impose en 2028 à la Belgique des mesures drastiques pour redresser son déficit. Des sages se réunissent afin d'évaluer dans quelle mesure l’économie belge et européenne peut être organisée sans billet de banque à l’horizon 2050 afin d'étouffer le commerce "au noir". D’autres initiatives draconiennes voient le jour : l’assurance sociale développe un mécanisme de bonus-malus où les personnes n’ayant pas fait appel à leur mutuelle se voient gratifiées d’une compensation, tandis que les impôts doivent augmenter à nouveau. Les  allocations familiales disparaissent ou diminuent fortement dès que l’enfant a 18 ans, tandis que le chômage est limité dans le temps à trois années. Il faut dire à ce sujet qu’une hostilité grandissante a vu le jour, car il est à présent visible que l’économie en noir se nourrit aussi d’un système ne réussissant pas à offrir aux jeunes  une formation adéquate - ou à les forcer à en suivre une.

-      Mobilité : à l'horizon 2030, peu de changements notables ont vu le jour à Bruxelles. C’est vrai, les voitures polluent moins, elles sont plus petites  et de véritables avancées technologiques font penser que la prochaine révolution énergétique approche : des scientifiques annoncent que l’électricité pourrait un jour être transportée sans fil. Mais le nombre de voiture a doublé et le nombre de personne par voiture n’a pas augmenté. Au contraire. Des embouteillages monstres à répétition ont fini par persuader les autorités à mettre en place un péage urbain à l’entrée de l’agglomération bruxelloise. Le temps de parcours en semaine à 8h du matin de Waterloo à la Rue de la Loi passe de 1h45 à 1h15 grâce à ce péage. On parle d'un véritable RER pour 2040. 25% des chaussées bruxelloises sont à présent réservées exclusivement aux transports en commun.

-      Sciences et cultes: une mosquée officieuse a brûlé à Saint-Josse en 2023. 7 morts dont des enfants ont été sortis des décombres d’un bâtiment qui n’est plus aux normes de sécurité depuis 30 ans. Ce fait-divers accélère la pleine reconnaissance du culte musulman et les procédures d’autorisation d’installation de mosquées. Il faut dire qu’avec 50% de musulmans – ou assimilés tels – la population de 6 communes de Bruxelles aura su se mobiliser pour qu’enfin le culte musulman soit financé, pour qu’un exécutif musulman soit établi de façon pérenne. Les plans d’aménagement urbain autorisent une visibilité architecturale aux mosquées. Ceux-ci se traduisent par l’érection de minaret, certes dans des proportions modestes. Seule contrainte réelle, l’appel à la prière (l’azan), devra se faire éminemment discret. La guerre religieuse n’a pas lieu et la Belgique conserve sa neutralité bienveillante à l’égard des cultes. Les derniers grands combats philosophiques médicaux (euthanasie, eugénisme génétique et utilisation des cellules souches) ont été encadrés légalement l’année dernière et chacun est libre, par simple déclaration, d’accepter ou non de « bénéficier » de ces développement scientifiques. Tous ? non, l’un d’entre eux revient par le côté jardin en 2025 : les avortements ont un impact non négligeable sur la fertilité des populations. Ils sont donc considérablement encadrés et les centres de plannings familiaux ont pour consigne d’encourager les mères à mener leurs grossesses à terme. Des subsides sont d’ailleurs octroyés à cet effet. Et, après un débat houleux, l’on a trouvé lors de la formation du gouvernement en 2026 un accommodement raisonnable pour les homosexuels désireux d’adopter :  c’est autorisé bien que soumis à des conditions drastiques et impraticables. Ce sera d’ailleurs un dossier qui devrait revenir sur la table du gouvernement régional en 2030 ou 2031.

-      Quartiers Bruxellois : des émeutes sans précédent lors des sommets européens de 2017 et 2018 ont ravagé des commerces et vandalisé plus de 2000 voitures. On ne parle plus d’hypothétiques zones de non-droit car celles-ci sont une évidence. Pour des raisons pragmatiques, et après 15 ans de débat, les zones de police ont dès lors fusionné. Une solution insatisfaisante est mise en pratique : des patrouilles d’intervention d’élite contrôlent vaille que vaille depuis les incidents les quartiers tumultueux dans lesquels des périodes de couvre-feu ont été instaurées. Mais chacun reconnaît que cette solution ne peut perdurer. Devant le désœuvrement d’une partie substantielle de nos jeunes, les formations imposées pour apprendre un travail utile reviennent à la mode, et la discipline publique est telle que les jeunes au chômage doivent prester 4 journées mensuelles à des travaux d’intérêt public. Ils peignent par exemple du mobilier urbain ou rangent des bibliothèques.

-      Education : le dernier classement PISA européen de nos écoles francophones est sans appel : la Belgique se range avant-dernière, devant la Slovénie mais après la Croatie, la Tchéquie et les pays Baltes. Il faut dire que l’affaissement du toit de l’école "Van Rompuy" à Bruxelles-Ville en 2024 a attiré l’attention sur les conditions affolantes de l’infrastructure dans laquelle nos enseignants travaillent. Les processus d’évacuation, d’un autre âge, n’ont pas fonctionné. 3 enfants ont été gravement blessés et doivent leur salut à un professeur qui lui, y a laissé la vie. Les enseignants, eux, ont tiré la sonnette d’alarme à temps, en 2020, mais l'on n’a pu répondre à ces préoccupations. Le corps professoral a même accepté la fin du système de nomination, qui ne permettait plus un suivi correct de la motivation de nos éducateurs et qui a permis aussi de réaliser quelques économies à la marge. Mais il a fallu une mobilisation énorme et une manifestation de 100,000 personnes pour procéder à une refonte spectaculaire de la façon dont notre enseignement est délivré. Devant la pression politique et la multiplication des écoles privées, il a fallu se résoudre à fusionner les réseaux communaux, provinciaux, régionaux et libre. Mais le bon sens a prévalu et le Pouvoir Organisateur (cet organe de gestion des écoles alliant parents et professeurs et doté de pouvoirs locaux) est à présent aux commandes. Les vraies exigences en matière de développement et compétences de l’enfant sont assurées par un baccalauréat régional organisé tous les 3 ans.

-      Politique et re-économie: le désaveu de la population a donné du champ libre à des formations populistes, qui engrangent aux élections régionales de 2026 près de 40% des voix. La structure fédérale est réduite à une portion congrue : défense et commerce extérieur sont les seules compétences de ce niveau de pouvoir. La monarchie est clairement symbolique ("protocolaire"), mais très présente et après d'incessants débats et ajustements financiers, la plus-value de l'institution est à présent admise par tous. On ne comprend par contre plus du tout les finances publiques, véritable serpent se mordant la queue via la subsidiation en cascade et sans limite de l’économie semi ou para-publique. Peu d’entrepreneurs réussissent à faire fortune. Il faut dire que l’économie ressemble beaucoup à une économie planifiée où les décisions d’investissement sont gelées dans des schémas à 5 ans. Le septième Plan Marschall, collé à un sixième plan européen d’investissements massifs en  biotechnologie dans cinq provinces du pays – considérées parmi les plus pauvres d’Europe , va échouer. En effet, les technologies que ces plans subventionnent sont la fusion nucléaire et l’énergie éolienne, des procédés complètement dépassés dans un monde où l’entreprise privée a su développer ailleurs des méthodes de production énergétique solaire beaucoup plus avancées. Dans le sud de l’Europe. Un espoir cependant : les secteurs à forte créativité (l’entertainment, l’architecture, l’art) ont clairement percé car ils ont bénéficié d’un terreau surréaliste génétique. Et nos ingénieurs, surtout ceux qui ont été formé dans des écoles privées, s’exportent en masse et les retours monétaires assurent le bien-être des familles  restées « au pays ». Et l’on mise beaucoup, à juste titre, sur la réforme de l’éducation publique entreprise cinq ans plus tôt.

-      Suite au prochain épisode…


© 2018 - Yvan de Beauffort